| Afganistan : la progression des alliés en KAPISA |
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Afghanistan : la progression des alliés en KAPISA Par le colonel Nicolas Le Nen L'auteur commande le 27* bataillon de chasseurs alpins. Il est à la tête du groupement tactique Interarmes de la Kapisa à l'Est de l'Afghanistan.
Depuis juillet 2008, la France déploie dans la province de la Kapisa,à une centaine de kilomètres de Kaboul, un bataillon de sept cents soldats que je commande aujourd'hui. Cette région montagneuse l'un des fiefs de l'insurrection dans l'est de l'Afghanistan,est devenue en quelques mois un laboratoire de la guerre contre-insurrectionnelle et les succès militaires remportés par les soldats français suscitent autant l'intérêt que la satisfaction de notre chaîne de commandement et notamment l'état-major de la 101e Airborne, une des divisions qui s'est illustrée lors du débarquement de Normandie et qui dirige, pour le compte de l'Otan, les opérations dans l'Est afghan. Nous sommes loin, en Kapisa, de l'image maintes fois ressassée d'un bourbier militaire. Les succès de nos opérations sont réels, la situation sécuritaire n'a cessé de s'améliorer depuis le déploiement d'unités françaises. Ici, nous déroulons notre stratégie dans la durée. Au fil des mois, nos prédécesseurs et nous-mêmes avons progressivement repris le contrôle du terrain, vallée après vallée. Nous avons pris l'initiative tactique, choisissant les lieux et les moments où nous affrontons l'ennemi. Manoeuvrant comme lui en utilisant les caractéristiques d'un terrain montagneux que nous connaissons désormais aussi bien que lui, nous avons limité sa liberté d'action et sa capacité de nous surprendre. L'offensive de printemps qu'il nous avait promise n'a toujours pas eu lieu. En revanche, nous avons récemment conduit une offensive franco-afghane de grande ampleur, soutenue par nos camarades américains, qui s'est soldée par la conquête de la vallée d'Alasay, le sanctuaire de nos ennemis dans la province. Au cours de cette opération de dix jours où l'un des nôtres est mort au combat,les insurgés ont subi de lourdes pertes et se sont réfugiés dans les parties les plus reculées des vallées, renonçant au moins pour un temps, à leur main mise sur la population. Toutes les zones peuplées de la province sont sous notre contrôle. Des signes indiquent que la population se rapproche de nous. Elle apporte de plus en plus ouvertement son concours aux militaires afghanset français. Depuis qu'ils savent que les forces de la coalition sont capables de vaincre les insurgés et qu'ils ont réalisé que ces victoires ont des lendemains,les habitants n'hésitent plus à nous indiquer où se trouvent leurs caches d'armes et d'explosifs et nous préviennent lorsqu'ils posent des engins explosifs le long des axes routiers. Certains villages leur ont intimé l'ordre de décamper et leur refusent désormais toute forme d'aide. Ces progrès tiennent avant tout à une tactique militaire globale qui couvre tout le spectre des opérations de la guerre de contre-insurrection. Conscients que l'enjeu de nos opérations est d'obtenir le soutien d'une population lasse de trente années de guerre, nous nous efforçons de montrer aux habitants de la province que le développement,auquel tous aspirent, dépend étroitement d'un niveau minimal de sécurité que seules les forces de la coalition sont capables de leur assurer. Cette tactique utilise de façon complémentaire des opérations de coercition qui visent à détruire et désorganiser dans la durée les groupes de combat ennemis et des opérations d'assistance à la population. Toutes nos opérations de combat sont précédées et suivies d'opérations d'assistance humanitaire,d'aide médicale et de reconstruction. Ainsi, depuis le début de notre mission, nous avons distribué 60 tonnes d'aide humanitaire, assuré plus de 2200 consultations médicales et dépensé 85 000 euros dans des chantiers de reconstruction aussi variés que les réfections d'une clinique, d'une école et d'une mosquée et les constructions d'une passerelle et d'un canal d'irrigation. Aujourd'hui, nous récoltons les dividendes de ces dix mois d'efforts et jamais les vallées de la Kapisa n'ont bénéficié de perspectives aussi encourageantes. Les insurgés, qui subissent d'importantes pertes dans les combats ouverts, sont en train de faire dériver leurs modes d'action vers ceux du banditisme et du terrorisme, ce qui les coupe progressivement de la population et les marginalise. En outre, de profondes divisions apparaissent entre eux. Sur un plan politique, les quatre chouras concurrentes qui présidaient aux destinées des 360000 habitants des vallées de la province ont accepté,avec le soutien de l'Unama, de fusionner au sein d'une seule choura représentative de toutes les tendances politiques. Depuis mars et la reconquête du principal bastion ennemi, les projets de reconstruction se multiplient et s'accélèrent En juillet, la route principale,qui parcourt le fond de la vallée de Tagab et irrigue les cinq vallées adjacentes,sera asphaltée et permettra à une part importante du trafic routier venant du Pakistan de transiter par la province. Des ONG sont prêtes désormais à s'engager dans des projets de développement des capacités agricoles de la province.Notre pays accroît son effort financier pour le développement et de nouveaux projets viendront s'ajouter à ceux déjà programmés et conduits avec beaucoup d'intelligence par l'équipe de reconstruction provinciale de l'armée américaine.. Je n'ignore pas que des écueils peuvent encore se présenter sur notre route,que nous pouvons être durement frappés demain, dans un mois,dans un an, que des projets de développement prometteurs pourront avorter pour mille raisons. Pour autant, nous avons franchi une étape importante, perceptible,par tous les habitants de la Kapisa. Cette évolution politique et économique n'aurait pas été possible si,sur le terrain, les soldats afghans,américains et français n'avaient pas mis les insurgés en échec. Il serait en effet naïf de croire que dans ce pays où la force a souvent primé le droit, la population choisira son camp sur les seuls critères du libéralisme politique et du développement économique. Les attentistes, les fence sitters comme les qualifient nos alliés américains, ne se rallieront définitivement à la cause du gouvernement légal que lorsqu'ils auront la certitude que les forces de la coalition vont gagner la guerre qui les oppose aux insurgés. Je crois que ce pari est aujourd'hui en passe d'être gagné en Kapisa. Crainte d'un afflux de talibans au Pakistan L'arrivée de renfort américains en cours dans le sud et l'est de l'Afghanistan pourrait conduire un nombre "massif" de talibans à se réfugier au Pakistan et menacer la stabilité de ce pays, a prévenu hier l'émissaire américain dans la région, Richard Holbroocke.
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